Une histoire du bateau – les courses

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En 1966 Yachting World Annual décrira Rocquette comme « étant clairement un nouveau type de coureur hauturier (a distinctly new type of offshore racer)».

Yachting World – Oct 64

Haut franc-bord, haut rapport de lest (50%), pont flush-deck, le bateau a également le plus fort maître-bau (10.85ft) comparé à la longueur de flottaison (30.5ft) qu’aucun bateau précédent construit par Camper&Nicholsons. La coque à une structure mixte en bois et acier tandis que le bordé est à double pli de spruce (intérieur) et acajou du Honduras à l’extérieur. Le pont est en contre-plaqué. La solidité et la légèreté de l’ensemble est sans doute une des caractéristiques les plus réussies :

«Je pense que Rocquette est la plus robuste coque de croisière hauturière que nous ayons construit depuis dix ans !»
Peter Nicholson, Yachting World , oct 64.

Le confort en croisière cependant a été clairement négligé ! Rocquette est un bateau de course à 100 % (out-and-out racing boat) et les aménagements intérieurs ont pour objectif d’utiliser l’équipage hors quart comme lest dans les allures de près dans la brise. La couchette du navigateur est d’ailleurs double pour une meilleure répartition des poids. Comme le racontera un des équipiers de l’époque : « Nous naviguions à huit pour la Fastnet Race. Deux quarts de trois personnes + skipper+ navigateur. ». Pas de place en permanence sur le pont pour tout l’équipage. Le carré n’est pas non plus si inconfortable car il a plus d’un mètre quatre-vingt de hauteur sous barrot (6ft) jusqu’à l’avant malgré le pont flush-deck. Cela n’était possible auparavant que sur les navires de 20 tonnes de déplacement alors que Rocquette n’en fait que 13.
En remportant dès sa mise à l’eau la Gold Roman Challenge Cup (Round-The-Island-Race) contre une flotte de 325 bateaux, « Rocquette s’est assuré une place dans l’histoire du yachting » (Yachting World, Aug 64). Il faut dire aussi que son nom vient de celui d’un cheval de course qui gagnait tout en 1963 , « A female rocket » nous dira son architecte !
Le bateau, sous la conduite de Peter Nicholson, va gagner cette année-là toutes les courses où il est engagé. Seule exception, Cowes-Dinard où il finit 2e, mais le propriétaire n’était pas à bord… Rocquette est clairement un «démonstrateur de nouvelles idées»  » – et qualifié aussi de « croiseur impitoyable » qui « rafle tout »(Yachting World, Aug 64). En tout cas, il remplit parfaitement le rôle que Peter Nicholson lui avait attribué.

Blue Jacket III à son premier Fastnet en 1965

A la fin de l’année 64, David J. Maw, coureur réputé et l’un des principaux propriétaires du moment, va faire une offre d’achat du bateau. « Je ne pouvais pas refuser cette proposition ! » dira le père de Rocquette. Le bateau prend le nom de Blue Jacket III. Il gardera son numéro RORC 2126 qu’il a encore aujourd’hui.
L’année 1965 est une année à Admiral’s Cup et l’hiver voit se construire chez Camper&Nicholsons deux développements directs des concepts de Rocquette. Noryema IV, 33ft à la flottaison et Quiver IV, 35ft., quasi sister-ships de leur modèle. D’un autre coté, Denis Miller, l’un des deux propriétaires de Clarion of Wight avec Derek Boyer, commande à Stephens le dessin d’un nouveau bateau, Firebrand, qui avec 30ft à la flottaison est dans la catégorie de Rocquette mais avec moins de déplacement et plus de largeur. Ces trois yachts, clairement des évolutions directes des deux bateaux précédents créés par Nicholson et Stephens, vont constituer l’équipe britannique et remporter l’édition 65 de l’Admiral’s Cup. Ces deux designs auront marqué de façon définitive la course au large de cette période. Blue Jacket III manque de très peu d’être sélectionné et se retrouve dans l’équipe de réserve.
Clarion a été battu et le contrat d’origine a été rempli mais le duel entre les deux bateaux durera encore longtemps, parfois au bénéfice de celui-ci comme par exemple à la Fastnet 1969 où Clarion of Wight est 31e et Blue Jacket III 32e. Aujourd’hui encore, il leurs arrive de se retrouver sur la même ligne de départ.

Blue Jacket III, un banc d’essai de l’électronique BG à l’époque

David J. Maw a constitué un équipage qui va courir plus de quarante courses du RORC jusqu’en 1971. Ce sera probablement la dernière année de régates du bateau dans le Solent.
Le bateau est vendu en 1973, prend le nom de Vanity I et part naviguer sans que l’on connaisse ses périples. Il réapparaît en 1985 en Méditerranée à Imperia (Italie) sous le nom retrouvé de Rocquette et où il va naviguer en croisière et en régate pendant de nombreuses années aux mains de plusieurs propriétaires italiens avant d’être à nouveau vendu en 2004. Après quelques travaux de restauration, le bateau change encore de propriétaire et après avoir fait un peu de charter en Grèce en 2007, s’y retrouve stocké à terre jusqu’en 2010. A sa recherche déjà depuis quelques temps, Yves Tanguy le localise alors et l’achète. En mauvais état, il sauve en fait le bateau, convaincu qu’un tel yacht ne peut pas rester finir là. Par cargo puis camion, Rocquette passe sous les Alpes et arrive au chantier naval d’Yves Tanguy à Douarnenez en juillet 2010. Il va y rester deux ans pour une restauration en parallèle à l’activité du chantier. Comme pour d’autres yachts classiques et clients habituels, pont, roof, cockpit, électricité, moteur et aménagements sont refaits avec soin pour retrouver au maximum son état d’origine de croiseur de course.

«Rocquette est l’un des meilleurs bateaux parmi les nombreux yachts où j’ai navigué et je suis très fier de son architecture…»
a écrit Peter Nicholson en janvier 2016.

Blue Jacket III en 1965

Le retour de Rocquette dans les eaux de la Hamble venu saluer ce lundi d’avril son architecte constructeur sera un moment fort pour son nouveau propriétaire. Très vite l’émotion fait place à la convivialité, le bateau est inspecté et les souvenirs et photos réapparaissent. Les questions aussi. Le lendemain, Roger et Chris, anciens équipiers de David J. Maw, apparaissent les bras chargés d’avis de course de l’époque et de photos. Roger raconte :
« La plupart de nos navigations se déroulaient dans le cadre des courses du RORC, courses qui furent mémorables pour certaines comme ces quatre éditions de la Fastnet ou encore une Cork-Brest en 1970 avec un force 9 fraichissant à 11 où nous finîmes 1er en classe II. Cela démontrait combien le bateau était robuste. Un merveilleux souvenir est aussi l’édition 68 de Cowe-Lequeito, au nord de l’Espagne, où nous étions, sous 6 à 7 d’ouest, à 8 à 10 noeuds de moyenne dans le Golfe de Gascogne. Là aussi nous avons fini 1er ! »
Rocquette tire doucement sur ses amarres et semble heureuse de toute cette agitation à son bord !

© Gildas Hémon – 2017

Plymouth – La Rochelle 1965 – Yachting World – Oct 65